Tour de David
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 Les jeunes gens et les dames

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Abbé Grossin
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Abbé Grossin


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MessageSujet: Les jeunes gens et les dames   Les jeunes gens et les dames Icon_minitimeJeu 28 Jan 2010 - 9:22

Les jeunes gens



« Un mot encore, à l'adresse des jeunes gens. Eux aussi ont fait pour la plupart une triste campagne, à la suite des chefs de file que chacun sait. En vrais jeunes gens, la plupart se sont laissé séduire par le talent du brillant orateur, par l'ardeur du polémiste, par le charme romanesque du poëte subitement transformé en Docteur de l'Église. Dans nos grandes villes surtout, Dieu sait à quels excès de paroles ils se sont laissé emporter! Dieu sait ce qu'ils ont dit contre le Concile et contre le Souverain-Pontife!

Ils ne lisaient que les feuilles libérales, hostiles à une doctrine dont ils ne comprenaient point la portée; et, semblables en cela aux belles théologiennes dont nous parlions tout à l'heure, ils présentaient le plus singulier mélange de foi et d'impiété, de pratiques religieuses et de blasphèmes contre la foi. Ce qui les excusait, c'était leur âge, c'était cette étourderie même dont ils étaient les premières victimes.

Un beau jour, ils s'étaient réveillés gallicans, parce qu'ils avaient eu l'imprudence de s'endormir libéraux. Le libéralisme est, en effet, une erreur, une erreur très-subtile et très-dangereuse, ainsi que le Pape l'a proclamé énergiquement, en répondant naguère à une députation de catholiques français : "Mes chers enfants, leur a-t-il dit, il faut que mes paroles vous disent bien ce que j'ai dans mon coeur. Ce qui afflige votre pays et l'empêche de mériter les bénédictions de Dieu, c'est ce mélange de principes. Je dirai le mot et je ne le tairai pas : ce que je crains, ce ne sont pas tous ces misérables de la Commune de Paris, vrais démons de l'enfer qui se promènent sur la terre. Non, ce n'est pas cela; ce que je crains, c'est cette malheureuse politique, ce libéralisme catholique, qui est le véritable fléau. Je l'ai dit plus de quarante fois; je le répète, à cause de l'amour que je vous porte."

Oui, le libéralisme est le grand danger de notre jeunesse catholique. Tout voilé qu'il est sous les dehors sympathiques de la liberté, il n'en est pas moins une erreur dogmatique très-profonde, intimement liée au gallicanisme. Ce que le gallicanisme avait fait et déclaré en 1682, le libéralisme l'a fait et déclaré en 1789 : l'un proclamait l'indépendance du roi vis-à-vis de l'Église, et, quoique moins clairement, l'indépendance des Évêques vis-à-vis du Pape; l'autre, plus hardi, a proclamé l'indépendance de la société civile vis-à-vis de la société spirituelle, l'indépendance de l'État vis-à-vis de l'Église, de la raison vis-à-vis de la foi, de la science vis-à-vis de la révélation; en un mot, de la nature vis-à-vis de la grâce. Nos jeunes libéraux, tout catholiques qu'ils étaient par le coeur, étaient donc naturellement de jeunes gallicans; gallicans en herbe, ils étaient libéraux en fleur.

Tout cela, je le répète, ce n'était que de la présomption de jeunesse et de l'inexpérience; mais que nos jeunes chrétiens prennent garde à eux : voici le gallicanisme solennellement condamné comme hérésie; qu'ils s'arrêtent, tandis qu'il en est temps encore, et qu'ils soient catholiques comme on doit l'être, comme Notre-Seigneur veut qu'on le soit. Et comment veut-il qu'on le soit? En tout. Catholique comme le Pape, catholique avec le Pape, catholique autant que le Pape : telle est la règle, aussi simple que féconde.

Oh! que nos jeunes chrétiens doivent veiller avec respect sur le trésor de leur foi! Ils sont l'espérance de l'avenir : s'ils sont fidèles à Jésus-Christ, un brillant avenir est réservé à l'Église. La responsabilité est immense; mais elle est magnifique. »

(Oeuvres de Mgr de Ségur, 1877, tome VI, page 416-418.)


Les dames



« Que les dames veuillent bien s'occuper de leur intérieur, de leur famille et de leurs bonnes oeuvres, de leurs aimables et modestes travaux, et qu'elles ne fassent plus d'invasion dans le champ de la théologie ni du droit canonique.

Ce champs n'est pas plus fait pour elles que le champ de bataille. A moins d'être des Jeanne d'Arc, les dames ne se battent point. L'austère théologie, le rude et positif droit canonique ne leur convient pas plus que l'épée ou le mosquet. Rien de ridicule comme une femme-homme : rien d'insupportable comme une femme théologienne. Quarante-neuf fois sur cinquante, elle parle de ce qu'elle ignore; elle ne comprend pas le premier mot de ce qu'elle dit; elle répète, comme une pie, ce qu'on lui a dit, et uniquement parce qu'on le lui a dit. Or, c'est encore ici l'expérience qui montre aux dames que les plus beaux parleurs ne sont pas toujours les plus sûrs docteurs. En matière de foi et de conscience, il faut tant se défier de l'engouement, de la passion et du parti-pris!

Mgr de Cambrai, que j'ai souvent cité dans ce petit écrit, complimentait ses pieuses diocésaines de ne s'être pas laissé prendre, comme tant d'autres, aux pièges de ces discussions. "Les conseils de Fénelon, écrivait-il de Rome, sont compris et observés dans nos familles les plus distinguées et les plus instruites. On ne trouve point parmi elles de ces femmes "qui se mêlent de décider sur la Religion, quoiqu'elles n'en soient pas capables" ; - qui sont plus éblouies qu'éclairées par ce "qu'elles savent, et qui se passionnent pour un parti contre un autre dans les disputes qui les surpassent". - Nos pieuses dames "sentent combien cette liberté est indécente et pernicieuse". Elles ne "raisonnent point sur la théologie, au grand péril de leur foi; elles ne disputent point contre l'Église". Leur vie sérieuse et toujours chrétiennement occupée se partage entre les devoirs de leur état et les oeuvres que la charité leur demande".

Il est parfaitement permis aux femmes de s'occuper de religion et de doctrine; elles le doivent même; car, pour la femme comme pour l'homme, la Religion est la grande affaire de la vie; mais elles doivent s'en occuper en femmes, en chrétiennes douces et modestes, profondément soumise à l'Église, et obéissant en cela comme en tout.

Du temps du jansénisme, c'est principalement au moyen des grandes dames que la secte s'est propagée; les salons de Paris, en Province, les grands châteaux abondaient en théologiennes, qui citaient des textes, commentaient saint Augustin, se moquaient du Pape et de Rome. Dans la querelle de l'infaillibilité, nous avons eu une reproduction de cette campagne, et nous avons vu avec stupéfaction des centaines et des centaines de dames pieuses, discuter sur le Pape Honorius, sur les fausses décrétales, sur l'unanimité morale, etc., etc. ; nous les avons vues préférer un Évêque, un journal à l'autorité du Chef de l'Église et d'un Concile oecuménique.

Évidemment les dames, même les plus grandes, même les meilleures, ne sont pas nées pour la philosophie ni pour la théologie.

Une bonne petite histoire à ce sujet. Une dame, fort bien mise, se présente un jour au couvent des Pères Capucins de ***. Elle demande le Père un tel, dont la réputation de bonté était arrivée jusqu'à elle. "Mon Père, lui dit-elle, il m'arrive une chose assez singulière. Figurez-vous que mon confesseur refuse de me donner l'absolution, uniquement parce que je ne veux pas croire à l'infaillibilité du Pape. Je ne peux pas y croire, c'est plus fort que moi." Le Capucin, avec un air de bonhomie, répond aussitôt : "Comment! votre confesseur vous refuse l'absolution pour cela? Eh bien, moi, je vous la donnerai. - Vous allez me la donner? Oh! mon Père, que vous me faites donc plaisir! - Oui, je veux vous la donner sans aucune difficulté. - Mais alors, pourquoi mon confesseur me la refuse-t-il ? - Eh! c'est qu'il vous prend pour une autre. - Comment, pour une autre ? il me connaît depuis longtemps. - Et moi, je vous dis qu'il vous prend pour une autre; il vous prend pour une personne instruite! - Pour une personne instruite ! Que voulez-vous dire par là? Je ne suis pas une ignorante. - Je ne dis pas cela; mais vous ne savez pas ce que c'est l'infaillibilité du Pape. Ces questions-là, voyez-vous, ne sont pas du domaine de tout le monde; et les trois quarts de dames qui font la controverse aujourd'hui sur le dos du Pape n'y entendent rien." Et profitant de l'espèce de surprise qu'avait causée à cette dame une réponse si peu attendue, il lui expliqua doucement et très-simplement l'état de la question. Pour la première fois, la bonne dame y vit clair. "Comment! dit-elle, ce n'est que cela, l'infaillibilité! Mais alors j'y crois bien volontiers. - Vous voyez bien, repartit finement le Capucin, que vous pouvez parfaitement recevoir l'absolution."

Les pauvres femmes surtout, qui n'ont pas grâce d'état sur le terrain de la théologie et du droit canonique, ont été séduites par les sophismes. Le grand art des tenants de l'opposition consistait, en effet, à embrouiller les questions les plus claires. C'est ce que disait le Saint-Père lui-même, il n'y a pas longtemps : "Il importe avant tout de repousser les tentatives de ceux qui cherchent à fausser l'idée de l'infaillibilité. Quelques-uns voudraient m'entendre expliquer et éclaircir la définition conciliaire. Je ne le ferai pas. Elle est claire par elle-même, et n'a besoin ni de commentaire ni d'explications. Il suffit de lire le décret avec un esprit sincère; son vrai sens se présente facilement et tout naturellement. (Réponse à la députation de l'Academie de la Religion catholique de Rome, 20 Juillet 1871)." »

Oeuvres de Mgr de Ségur, 1877, tome VI, pages 412-415.

_________________
Plus je réfléchis, plus je suis consterné de la masse d'idées fausses dans lesquelles nous nous noyons ; plus je comprends cette décadence absolue de tant de peuples que nous retrace l'histoire. C'EST L'ERREUR PLUS QUE LE VICE QUI LES A PERDUS. Le vice et même le crime ont des limites, l'erreur n'en a pas. IL FAUT DONC DIRE LA VÉRITÉ SANS FINESSE, NI STRATÉGIE HABILE."
Mgr Delassus, Semaine Religieuse de Cambrai, 1884, p. 735
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